Retour en classe : réflexions pédagogiques

Mot du comité de rédaction
Le retour en classe peut survenir à plus ou moins brève échéance, selon les collèges.  Comme ce billet propose des pistes de réflexion pour planifier l’enseignement, le comité de rédaction estime pertinent de le publier dès maintenant.

Le retour en classe : quelques réflexions d’ordre pédagogique

On parle beaucoup des modalités organisationnelles du retour en classe des étudiants et des étudiantes : horaire, calendrier, mesures de sécurité, etc.  Pourtant, c’est l’aspect pédagogique de ce retour qui, d’un point de vue éducatif, reste primordial.

De retour en classe

Deux débuts de session à l’intérieur d’une même session, voilà une situation plutôt inhabituelle !  Lorsque, de surcroît, cette situation est portée par des motifs et des enjeux qui ont polarisé les opinions et suscité l’engagement militant des uns et des autres, la reprise des activités d’enseignement ne va pas sans poser des défis particuliers au plan pédagogique.  Ces défis peuvent être à différents niveaux : gestion de classe, rattrapage au chapitre du contenu, réaménagement du calendrier, évaluation des apprentissages, voire même, stress et insécurité. Le principal danger serait de se lancer tête première dans le contenu sous prétexte de vouloir rattraper le temps.

Rien ne sera plus pareil comme avant…
Pourrait-il en être autrement ?

Il y aura dans la classe des étudiants contents et des étudiants déçus, des étudiants qui auront peut-être perdu une partie de leur motivation du départ ou qui auront envie d’abandonner, des étudiants qui ont des appréhensions quant à l’impact de la suspension des cours sur leur réussite ou leur parcours scolaire, sur leur emploi d’été ou sur leur admission universitaire.

Si l’engagement militant n’a pas été le même pour tous les étudiants, ils auront néanmoins appris et grandi à travers l’expérience citoyenne qu’ils viennent de vivre ; ils ont dû prendre position, réfléchir, débattre, faire des liens.  Trois chercheurs associés à l’Observatoire Jeunes et sociétés, S. Bourdon, L. Cournoyer et J. Charbonneau (2007), ont étudié comment la grève de 2005 a été vécue par les cégépiens et ses conséquences sur le parcours scolaire.  Ils ont montré que pour plusieurs étudiants, « l’engagement dans la grève coïncide avec un renforcement ou un renouvellement de leur engagement global au collégial. » (p. 2)  Pour les éducateurs que nous sommes, il y a là une avenue à ne pas négliger, une piste prometteuse, des acquis à considérer.

Par ailleurs, il y aura aussi à composer avec des collègues qui, quelle que soit leur solidarité personnelle à la cause, devront gérer, dans leurs classes, les bouleversements que le retour en classe entraîne.  Des compromis ou des adaptations par rapport à ce qui était initialement prévu au plan de cours sont à prévoir.

Et si…

Les périodes de crise nous amènent souvent à voir les situations différemment. Pourrait-on alors tirer parti de cette turbulence et s’assurer d’un retour constructif et satisfaisant dans les circonstances ?  Pouvons-nous, du moins, mettre les chances de notre côté pour ne pas perdre de vue l’objectif premier qui est d’aider les étudiants à apprendre ?  Dans cette perspective, un équilibre sera sans doute à inventer entre la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux circonstances et la toute aussi nécessaire qualité de l’enseignement à préserver.

L’étude précitée de Bourdon, Cournoyer et Charbonneau (2007 : 2-3) sur les événements de 2005 montre l’importance des mesures entreprises par les directions et celle des attitudes des professeurs dans l’atténuation des conséquences négatives de la grève sur le cheminement scolaire et sur les anticipations des étudiants.  Ils concluent en effet que « les mesures d’atténuation mises en place par les collèges et l’attitude conciliante des enseignantes et enseignants semblent avoir très efficacement contré les impacts appréhendés du rattrapage. »

Des suggestions…

Même si la conciliation entre les adaptations et la qualité des cours n’est pas si simple à réaliser, voici quelques avenues d’ordre pédagogique qui peuvent être intéressantes à considérer.

1. L’affectif avant le cognitif !

Le retour au quotidien ne sera pas vécu de la même façon par tous les étudiants ni, d’ailleurs, par tous les professeurs. Prendre le temps de renouer le contact avec les étudiants semble incontournable.

« Oserai-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation ?  Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre », disait Jean-Jacques Rousseau, dans Émile ou De l’Éducation (livre II).

Accueillir les étudiants, leur resouhaiter la bienvenue, partager les attentes, anticiper leurs réactions en remettant les pendules à l’heure par rapport au cours en revenant sur sa nature, présenter les aménagements proposés dans l’organisation ou le contenu du cours, permettre l’expression des appréhensions, répondre aux questions : ces précieuses minutes ne seront aucunement perdues, au contraire.  Elles permettront de reprendre la gestion de la classe, de redonner l’élan nécessaire à la poursuite du travail, de reconstruire la confiance, de faire descendre quelque peu la pression, d’apaiser les inquiétudes, de s’assurer de leur collaboration.

2. Le premier cours : examen ?

Il se pourrait que, dans le plan de cours, un examen soit prévu ou qu’un travail soit à remettre précisément à la semaine de cette rentrée.  On se demandera si la planification initiale de la séquence des cours n’aurait pas avantage à être revue pour donner le temps aux étudiants de reprendre leur statut d’étudiant et pour favoriser l’apprentissage et la réussite. On pourrait profiter plutôt du cours de la rentrée pour faire une activité d’apprentissage centrée sur une révision de ce qui a été vu, impliquer les étudiants pour qu’ils soient actifs le plus rapidement possible.

Par exemple, on pourra préparer une série de questions qui couvrent les points importants et demander aux étudiants d’y répondre, répartir le contenu et demander aux étudiants d’extraire les informations les plus pertinentes, faire un jeu-questionnaire, un test formatif ou autre ; peu importe l’activité, faire travailler les étudiants en petite équipe (en dyade ou en triade) peut s’avérer fructueux.

3. Une session à rabais ? Le moins possible !

Un prof, qu’il soit plus ou moins expérimenté, sait d’instinct qu’il doit se poser deux questions fondamentales lorsqu’il prépare un cours : qu’est ce que j’ai à enseigner ou qu’est-ce que l’étudiant doit apprendre (le quoi) et comment vais-je l’enseigner ou comment va-t-il l’apprendre (le comment).

Dans la perspective d’une session réaménagée, on pourra même se demander ce qui est vraiment essentiel à communiquer aux étudiants.  Que doivent-ils absolument savoir ou savoir faire au terme du cours ?  Quels savoirs-être ou quelles attitudes devront-ils avoir développés, le cas échéant ?  Il arrive qu’on se laisse emporter par les sujets qui nous passionnent et qu’on en donne plus que le client en demande, pour reprendre une expression consacrée ! L’heure est aux choix, notamment en ce qui a trait aux contenus.  Ce qui rend cette opération difficile, c’est de devoir choisir en fonction de la finalité du cours et des compétences à développer plutôt qu’en fonction des connaissances que l’on a acquises à la suite de plusieurs années de formation et d’expérience.  Il sera donc important de garder le cap sur les objectifs d’apprentissage et de resserrer l’étendue des contenus enseignés en conséquence.

Qu’en est-il des stratégies d’enseignement ? Le réflexe premier serait peut-être d’opter pour l’enseignement tout magistral. Certes, on couvrirait le contenu, mais la question reste entière : que retiendraient-ils ?  Même si le temps est comprimé, on trouvera aussi profit à proposer des formules pédagogiques adaptées, permettant à l’étudiant de rester actif dans ses apprentissages.

Adapter : la souplesse de l’intelligence

D’autres questions ne manqueront pas de survenir, pour lesquelles il est difficile de proposer des recettes toutes faites.  Revoir le calendrier du cours ? Comprimer les heures de cours ? Modifier les évaluations ?  Il ne faut pas hésiter à en parler avec les collègues, avec le coordonnateur ou avec un conseiller pédagogique.  Le jugement professionnel du professeur s’exerce ici dans sa plus noble dimension, porté par la préoccupation de soutien à l’apprentissage et à la réussite.

En quoi ce billet vous a-t-il été utile pour mieux planifier le retour en classe et pour relever les défis liés à cette situation particulière ? Quelles adaptations avez-vous pu mettre en œuvre pour assurer la qualité de l’enseignement ? Accepteriez-vous de partager les choix pédagogiques que vous avez effectués, relativement aux activités d’enseignement, d’apprentissage ou d’évaluation ?

Marie Ménard et Johanne Bergeron
Conseillères pédagogiques au SDPP
Service du développement pédagogique et des programmes

3 commentaires pour Retour en classe : réflexions pédagogiques

  • Marie-Claude Bastien

    Merci pour ces pistes, elles me permettent de valider quelques idées que j’avais eues et à diminuer mon appréhension face à cette deuxième rentrée!

  • Carole La Grenade

    Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à ce retour, à ce premier (re)contact et surtout, à la perspective de perdre des étudiants. La semaine dernière, je leur ai envoyé un document, via colnet, dans lequel j’ai présenté quelques réflexions concernant le retour en classe, la souplesse requise et la rigueur à maintenir malgré tout. J’ai intitulé mon courriel : N’abandonnez pas votre session ! Je n’ai évoqué le conflit actuel qu’en mentionnant l’importance de s’informer et de discuter.

  • Suzanne Dumas

    Merci pour ces nombreuses pistes de réflexion!

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