Espèce en voie d’apparition?

Espèce en voie d’apparition?
État des lieux sur les étudiants issus du renouveau pédagogique

Plusieurs professeurs du collégial anticipaient avec une certaine appréhension l’arrivée de la première cohorte d’étudiants issus du renouveau pédagogique au secondaire.  Au Collège Montmorency, comme ailleurs dans le réseau, des professeurs avaient exprimé des craintes quant à leur capacité d’écoute face à un cours magistral, quant à l’étendue de leurs connaissances et quant à leur niveau de maîtrise de la langue, par exemple.  Par contre, on avait aussi entendu dire qu’ils aimeraient travailler en équipe, qu’ils auraient plus de facilité à résoudre des problèmes reliées à des situations concrètes, qu’ils seraient plus actifs, plus engagés et responsables de leur apprentissage.  Une session et des poussières plus tard…, quel tableau traçons nous de cette situation ?  La réalité rejoint-elle les anticipations ?

En septembre dernier, l’Inter@ction mettait en ligne un « Vox populi » sur cette « espèce en voie d’apparition », afin de faire un suivi sur cette affaire…  Maintenant que l’« Espèce » est entre nos murs, qu’en est-il vraiment?  L’Inter@ction vous retourne donc la question…

Dans l’attente de vos commentaires, l’Inter@ction est allé voir ailleurs…  Chantal Vallières, professeure en informatique au Collège Edouard-Montpetit, a généreusement partagé avec nous ses observations sur les étudiants de 1ère session qu’elle a accueillis dans ses classes à la session d’automne dernier.  Voici, avec sa permission, l’essentiel de son propos.

J’étais sensibilisée à cette nouvelle clientèle et j’avais bâti mes cours théoriques d’une heure dans cette perspective, en les découpant en trois périodes d’environ 20 minutes chacune :

  1. Une période de retour sur leurs difficultés dans le laboratoire précédent, sous forme de jeu où ils doivent trouver les erreurs (concret et participatif) ;
  2. Une période d’un maximum de 20 minutes pour présenter les nouvelles notions (magistral) ;
  3. Une période de travail en équipe où ils appliquent les connaissances nouvelles, dans un mini-quiz à faire en équipe (concret et participatif).

J’ai observé très attentivement les étudiants pour voir comment ils réagissaient face aux activités d’apprentissage proposées. Voici mes observations.  

  • Pour la période de retour sur leurs difficultés :

–          C’est concret et touche leur vécu. Ils participent très activement et ils en profitent pour s’autocorriger.  J’ai parfois l’impression qu’ils font le ménage dans leur tête à ce moment là. Ce retour sur la matière vue précédemment est très important car cela les ‘remet’ dans le sujet et les aide à se préparer mentalement à la nouvelle matière qui s’en vient. Je ne pense pas qu’ils seraient capables de continuer à absorber de nouvelles notions si ce ‘ménage’ n’était pas fait de cours en cours.

  • Pour la période de cours magistral :

–          L’écoute des élèves est très bonne et active. On voit qu’ils se posent des questions et qu’ils cherchent à comprendre. C’est vrai en autant que cette écoute n’est sollicitée que pour une durée limitée à environ 15 minutes. Un jour, j’ai dépassé cette période et après 15 minutes, j’ai vu leur écoute baisser. Et après 5 minutes supplémentaires, j’avais perdu près du tiers de mes élèves ! 

–          Dans une classe, on a souvent des élèves plus visuels et d’autres plus auditifs. J’ai donc un support pour ces deux types d’élèves. Mais j’ai été surprise par le grand nombre d’élèves dans la classe qui étaient en quelque sorte exclusivement visuels.  Ils regardent, réfléchissent mais ont de la difficulté à écouter. Pour attirer leur attention afin qu’ils écoutent, il faut faire de grands gestes, presque théâtraux…

  • Pour la période du travail en équipe :

–          Voilà le rêve de tout enseignant !  Ils se mettent en équipe avec enthousiasme, tendent la main pour avoir la copie et pouvoir s’y mettre le plus vite possible, ils discutent du sujet entre eux, argumentent…  Un rêve, vraiment !  Ils veulent faire le quiz et bien le faire, et ce d’autant plus que le quiz est directement relié au travail pratique qu’ils auront à faire par la suite, qu’il a du sens et de la pertinence pour eux. Pour ces élèves, il faut absolument donner du sens et de la pertinence pour chacune des notions et chacun des travaux et exercices qu’on leur fait faire.

D’une façon générale, ces étudiants veulent clairement réussir. Ils ont confiance en eux et en leur capacité à réussir.  Leur relation face à l’évaluation m’a d’ailleurs étonnée : après le premier examen, plusieurs sont venus me demander quand était la reprise! Au cégep?…  Comme je l’avais lu dans un document préparé par le Collège, ils s’attendent à ce que leurs difficultés soient prises en charge collectivement par les acteurs de l’école.

J’ai également remarqué une différence plus grande entre les élèves les plus forts et les plus faibles.  Les plus forts sont vraiment ceux qui ont appris à devenir les principaux responsables de leur apprentissage.

Et vous, qui avez enseigné à ces étudiants cet automne, qu’en pensez-vous ?  Sont-ils à la hauteur des scénarios que vous aviez imaginés à leur égard ?  En quoi vous ont-ils étonnés, déçus, enthousiasmés, consternés, ravis… ?

Le Comité de Rédaction

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